Etude sur Tsahal – 4 et fin – De l’armée la plus morale du monde et des collisions de devoirs

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Des officiers de Tsahal, ainsi que le célèbre chroniqueur Bernard Henri Lévy et ses suiveurs, ont affirmé et affirment encore que « Tsahal est l’armée la plus morale du monde ».

Peste.

Il fallait au moins des militaires et un philosophe pour dire une chose pareille, tout comme on prépare une soupe.

Tout comme on prépare une soupe, on épluche les légumes et met les épluchures sur le côté et au centre tombent les ingrédients essentiels : c’est ainsi qu’on fabrique un slogan.

Elle est bien pratique l’activité de directeur de conscience, de supplétif aux administrateurs de l’espèce humaine, pourvu que l’on végète dans l’intelligence moyenne ; mais notre propos est de rendre justice à la notion de sympathie, de sympathie pour Israël, sympathie que l’on doit absolument servir avec les moyens appropriés, sans insuffisance.

Comme le disait Georges Clémenceau  « Il suffit d’ajouter militaire à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi la justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique » et tout le monde – loin de là – n’est pas Churchill, sachant réprimer efficacement des éruptions de panique ou de folie dans le domaine politique.

Mais d’illusions politiques, nous n’en avons point, pas plus que nous n’avons d’illusions sur la chose militaire. Dans le film « This is war » il nous est rapporté que l’on enseigne aux marines américain qu’à la guerre, les évènements créent une puissance de friction qui transforme le facile en difficile et le difficile en impossible : c’est à cause de cela que la guerre gravite autour du désordre, de l’incertain et du chaos.

Dans ces conditions la morale militaire est-elle la morale ? Evidemment non. Il semble même qu’il n’est rien qui puisse être appelé paix. Du reste, la peur de la guerre est générale : chacun est donc conscient des risques extrêmes liés à la guerre.

La guerre, on ne la fait pas tout seul dans son coin, quand bien même nous pensons que l’état de paix, dans lequel nous avons vécu avant les évènements liés à Daech, n’a jamais été qu’« un état de guerre adoucie », guerre à laquelle nous nous livrions épisodiquement : c’était déjà ce que montrait à voir l’actualité.

L’humanité est donc ce grand océan noir de souffrances et de misère et il n’est nulle part d’abri dans un vaisseau divin : la mort est toute proche, proche de chacun d’entre vous et les membres du Mouvement Vers Rien n’ont de peur que de souffrir trop longtemps. Quitte à demander pour eux-mêmes la peine de mort s’ils devaient perdre la tête et commettre un crime, car seuls les gens extérieurs au système pénitentiaire et/ou à l’enfermement psychiatrique de haute sécurité ne voient pas la cruauté infernale d’une condamnation à passer toute une vie en cellule ; nous l’affirmons encore : la mort peut être parfois un bienfait.

Comment un être humain en possession de son bon sens pourrait-il s’imaginer qu’une armée soit morale ou la plus morale du monde ? Nous n’avons pas encore l’esprit assez dérangé pour penser comme cela, pour penser que des mots – nous insistons ici sur la nécessité pour l’honorable lecteur de méditer sur nos vidéos dans la rubrique « Ethique du rien » –  pour penser que des mots, disions-nous, organisés en slogans apportent une quelconque réalité… tout comme nous ne sommes pas assez bête pour penser que l’image que nous voyons dans la glace est un moi réel et vivant.

Pouvons-nous juger avec certitude du bien et du mal ? Aucun homme ne le peut. Ce serait un absurde « blasphème » que d’affirmer le contraire. De plus, si le bien ne contenait pas sa part de mal, et vice versa, il serait alors facile de toujours faire le bien.

Mais nous avons déjà dit tout cela :

« (…) de nos jours nous commençons à comprendre, notamment grâce à l’apport des philosophies asiates, que « d’un certain mal sort un certain bien » et que « d’un certain bien sort un certain mal » ; nous commençons à comprendre que les choses sont relatives.

Et quel individu peut prétendre avoir l’expérience du bien et du mal et en répondre pour autrui ? Aucun humain n’a cette expérience. »

Aucun humain n’a cette expérience et certainement pas un militaire de carrière.

Quant au philosophe, quelle arrogance ! Surtout quand celui-ci est connu pour son manque de capacité à discerner un peu intelligemment, que ce soit au niveau des arts premiers – nous en voulons encore à Bernard Henri Lévy pour son mauvais papier lors de la création du Musée du Quai Branly – et comme tout un chacun, déplorons qu’il fut écouté sur le dossier libyen, ce dernier état de fait ne pouvant être hélas effacé. Comme beaucoup d’autres inconsciences.

Et justement, à quelles inconscience à affaire Israël, à quelles inconscience à affaire Tsahal ? Là est toute la question.

Rien ne nous rend plus conscient de notre pauvreté que notre incapacité – notre incapacité à tous – à en finir une bonne fois pour toute avec ce détestable conflit au Proche-Orient où publicains, prostitués et pharisiens s’échinent à tirer à eux toute la couverture médiatique, dans le but unique d’empêcher que le public établisse une relation correcte avec les notions de justice et de vérité.

Le problème est beaucoup plus complexe car il mène sur un point précis que tout le monde se refuse à aborder, mais qui est ce qu’il est : il s’agit pour Tsahal du problème des collisions de devoirs.

Et là, nous avons démontré aux juifs par notre histoire que le mal est toujours projeté – et cela de quelle façon ! et avec quelle brutalité ! – et là, nous en appelons à la conscience orientale encore, qui exprime que chacun porte en son cœur un juge qui connaît toutes ses mauvaises pensées.

Si vous parvenez tout simplement à vous représenter ce qu’est la situation de solitaire, Tsahal peut alors se définir tout simplement comme l’armée la plus solitaire du monde.

Que cette armée agisse dans l’intérêt du monde où elle vit, cela ne fait aucun doute. L’intérêt des citoyens israéliens passe avant tout, au milieu d’un profond chaos moral alentour dont on l’accuse de surcroit, d’être responsable… alors qu’il ne peut assurément être déclaré qu’Israël et Tsahal sont responsables de la vision du monde qu’ont les peuples voisins !

Mais il n’y a qu’un seul monde, et c’est celui-là. Et dans ce monde alentour nul n’a dépassé ses conflits internes, loin de là : chaque clan opposé à Israël déclare que l’autre clan – qui pourtant a le même but – ne devrait pas exister. Tout cela, tout le monde le sait et seuls les partisans aveugles et autres canailles espèrent qu’à la longue leur point de vue sera l’unique base pour établir « une responsabilité éthique ». Enfer et damnation, ce n’est pas bon, donc.

Au niveau éthique, les ennemis combattants Israël sont dans un grand néant, tout en se présentant absolument comme de véritables décideurs célestes : inflation négative que nous détestons absolument. Vous cherchez une source du mal ? En voilà bien une, originel, funeste, qui met à terre l’âme humaine qui se voit conférer une monstrueuse importance par les neo-manichéens qui ne sont tout simplement (encore) pas des gens sérieux. Autant dire alors qu’Hitler, Staline et Mao « avaient des défauts » et en rester là… alors qu’ils sont bien pires que le mal, qu’ils sont le mal corrompu, la pire des choses qui soit.

Mais alors, vous demandez-vous, quel est notre avis, notre position sur « la question Tsahal » ?

Nul ne pourra faire autrement que de nous critiquer, c’est en tout cas ce à quoi nous sommes tout à fait décidés, de même que nous ne souhaitons être inclus ou nous inclure dans aucune prière. Et aucun slogan.

Car nous serons très simples :

« Et là où un homme est seul avec lui-même, je le dis : je suis avec lui. »

(Papyrus apocryphe)

Et nous avons l’espoir que puisque cette consolation nous atteint, elle atteindra aussi chaque soldat de Tsahal, chaque hébreu.

(—)

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

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