Car c’est ici Jérusalem – Opus 4 et fin – Inconscient, ultime vérité, préservation de soi et perspective

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« Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie, que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens pas de toi, si je ne place pas Jérusalem au sommet de ma joie. »

Livre des psaumes

 

« L’an prochain à Jérusalem. »

Phrase clôturant le Séder de Pessa’h

 

* * * * *

 

L’homme établit une parenté entre le Moi et le Soi, entre l’homme et Dieu.

 

Le Docteur M.L. von Franz a expliqué que le cercle est un symbole du Soi. Le Soi exprime la totalité de la psyché dans tous ses aspects, y compris la relation entre l’homme et la nature : ce qui fait que je suis Moi n’est qu’une petite partie de la psyché qui doit accorder son attention à son inconscient, aux rêves qui montrent à l’individu que les plus petits détails de nos vies sont intimement  mêlés aux réalités les plus importantes et les plus significatives de l’existence humaine.

L’inconscient … beaucoup ne se rendent même pas compte que sommeille en eux, dans l’ombre « un étranger »,  un « tout autre » au visage inconnu. Et si les individus se complaisent dans une fausse vision de ce qu’ils sont, il ne faut pas s’étonner de se retrouver dans des difficultés insolubles.

S’efforcer d’être honnête et lucide face à soi-même demande à lutter contre bien des passions dont la raison a le plus grand mal à triompher – car il faut prendre conscience de divers aspects de notre personnalité que, parfois, l’on n’a pas envie d’examiner de trop près – mais tout ce que l’on ne voit pas chez soi se voit très bien et facilement chez les autres : paresse, égoïsme, veulerie, lâcheté, indifférence, cupidité, amour des biens matériels, propension à fabriquer des phantasmes, des projets ou intrigues irréalisables… bref tout ce qui finit par « tomber sur la tête » « du juif » et n’est que projection sur autrui des propres défauts d’agitateurs politiques, n’est que commérages de petits groupes ; le résultat est qu’en détruisant l’objectivité, on détruit toute possibilité d’authentiques relations humaines.

La psyché peut se comparer à une sphère, avec une zone brillante à sa surface (A), qui représente la conscience. Le Moi constitue le centre de la zone. Le Soi constitue toute la sphère (B) ; ses processus régulateurs internes produisent les rêves.

La psyché peut se comparer à une sphère, avec une zone brillante à sa surface (A), qui représente la conscience. Le Moi constitue le centre de la zone. Le Soi constitue toute la sphère (B) ; ses processus régulateurs internes produisent les rêves.

Si le Soi comme le montre le dessin ci-dessus est un centre auquel tout se rapporte, là semble née l’idée de la divinité pour exprimer ce rapport de l’homme à son centre, qui est à la fois le plus petit, le plus caché, le plus intérieur mais aussi le plus grand élément en lui : dans la mesure où il est impossible de « re-connaître » ce qui est (le) Tout autre, l’homme établit une parenté entre le Moi et le Soi, entre l’homme et Dieu.

Ainsi Jérusalem, qui est un centre, est aussi une destinée : la destinée du peuple hébreu.

 

Arnold J. Toynbee (1) dans  « l’Histoire » (première parution en dix volumes 1934 – Edition augmentée 1972)  nous invite à faire le point :

 

« Sans Etat, sans patrie et condamnée à vivre à l’étranger comme une minorité – et une minorité dispersée – la communauté déracinée a trouvé de nouveaux moyens d’assurer sa cohésion et sa continuité dans des conditions défavorables. Elle y arrive à présent en observant spontanément une pratique et des prescriptions religieuses strictes. Second élément : le motif pour lequel la communauté dispersée ne veut pas se fondre dans la majorité où elle vit. Elle entretient son identité distincte parce qu’elle se croit dépositaire d’une révélation religieuse d’une importance et d’une valeur uniques. Troisième élément de la configuration de la diaspora juive : la reconnaissance de la vérité qu’elle ne pourra survivre si elle ne se pourvoit pas d’une base économique suffisante. Puisqu’elle n’a ni Etat propre ni territoire national, la puissance économique est la seule force de puissance qui soit à sa portée ; et une communauté doit disposer d’une puissance quelconque pour se maintenir dans le monde. Il est difficile à la communauté dispersée d’acquérir la puissance économique. Elle a délaissé l’agriculture qui a été la première et principale ressource de l’homme dès l’époque néolithique. Dans les pays étrangers où elle a été dispersée, elle a été exclue, plus souvent qu’à son tour, de la vie publique et même des professions libérales, à titre de sanction parce qu’elle a refusé d’embrasser la religion de la majorité. Une communauté dispersée peut faire fortune à partir de n’importe quelles tâches économiques auxquelles la majorité lui permet l’accès. Le secteur le moins encombré a généralement été le commerce de détail. Mais, en tout état de cause, la communauté dispersée s’est toujours efforcée de tirer les ressources économiques nécessaires à sa survie. Tant sur le plan économique que sur le plan spirituel, la sanction est toujours apparue comme un stimulant extraordinairement puissant (…) la religion a fourni à la volonté l’énergie de conserver l’identité de la communauté dispersée, tandis que l’exploit économique, dans certaine occupation non agricole, a donné les moyens de mettre en action cette volonté de survivre. Si nous simplifions à présent le modèle, nous trouverons que le type religieux de la diaspora fait partie d’un genre plus large. Deux des diasporas les plus évidentes de notre temps sont l’écossaise et la libanaise. Tout comme les Juifs, les Parsis, les Huguenots et les Quakers, les Libanais et les Ecossais expatriés réussissent manifestement dans les affaires, mais la pression qui les a incités à chercher fortune ailleurs a été une pression économique, on religieuse ou politique. Ni les Libanais ni les Ecossais n’ont perdu leur patrie, ils ont été, les uns et les autres, maîtres chez eux.

Ce qu’il y a de commun entre la diaspora de type religieux représentée par les juifs et celle de type séculier représentée par les Ecossais à l’étranger, c’est la transformation d’une structure sociale. Dans les deux cas, nous observons une communauté qui change le fondement de la cohésion préservatrice de son identité distincte (…) ce changement consiste dans la substitution d’une organisation horizontale de la société à une organisation verticale. Les communautés dans lesquelles la société s’articule subissent une métamorphose : devenant, d’autant de cellules locales qu’elles avaient été, autant de couches partout présentes et coexistant sur une même aire qui, en principe, peut s’étendre à toute la surface du globe. »

 

Selon Toynbee, en mode « reader’s digest » la situation est la suivante :

 

Le peuple juif a toujours connu l’impact des civilisations étrangères dont l’hellénisme, véritable défi qui fit naître la faction zélote : plus forte était la pression plus fort ils luttaient ou se retiraient déjà dans la forteresse spirituelle de leur héritage juif, tel un hérisson replié en boule. Plus tard, le mouvement sioniste, néo-zélote reçu le même accueil que les zélotes eux-mêmes face à « l’hellénisme » et/ou « l’assimilation » dont les partisans voyaient le zélote comme autruche enterrant sa tête dans le sable. En effet tous les juifs du monde ne vivent pas en Israël où il y existe les sionistes partisans de l’assimilation des non-juifs et les autres uniquement tournés vers la situation des hébreux.

 

Dans la situation actuelle au Proche-Orient, chacun s’affirme détenteur de l’Ultime Vérité.

 

Qu’est-ce que l’Ultime Vérité ?

L’Ultime Vérité est, pour ceux qui brandissent la certitude de sa détention, une chose indiscutable, sacrée et il ne faudrait pas aller chercher plus loin sous peine de représailles. Pourtant « LA vérité » est la « LA vérité » qu’elle soit ultime ou pas ; il ne s’agit en réalité que du point « ultime » de vérité où sont parvenus certains humains : c’est beaucoup de choses donc mais certainement pas « LA vérité ». La bienveillance n’est bien entendu pas seule au point de rencontre des « détenteurs de la vérité » : la haine, la rancune et l’horrible maladie qui consiste à manquer de mesure et de bonne foi sont aussi du rendez-vous. Nous sommes chaque jour un peu plus nombreux à nous en rendre compte, lentement mais sûrement.

Mais, pour nous qui savons ne pas détenir « LA vérité », une chose est certaine : « l’Ultime Vérité » forgée par les individus au cours des siècles ne peut avoir un autre nom « qu’Ultime Vérité » qui la définirait pour eux aussi bien ; pour nous encore, ce point ultime où ils sont arrivés est une limite qui ne doit pas empiéter sur notre liberté, sous peine de représailles. Que les choses soient bien claires.

 

En conclusion

 

Docteur Roland Cahen – Neuropsychiatre – le 24 juillet 1969

 

« L’homme, grâce à des exploits techniques éblouissants, émergeant de la prison terrienne pour se retrouver dans le silence de l’univers, va, sous peu, être placé, à la dimension de l’humanité (…) le silence infini de l’univers que l’homme va rencontrer va le renvoyer à toutes les interrogations sur lui-même, ses conditionnements, son être, sa provenance, ses libertés et ses limites, le pourquoi et l’envergure de son faire, la validité de ses mythes.

Si l’homme dorénavant se sait de moins en moins au centre du monde physique il devra, comme par compensation, se placer de plus en plus au centre de sa réflexion, ne serait-ce que pour ne pas se perdre, ni se dissoudre dans un infini intemporel.

C’est dire que, parallèlement à l’infini du cosmos, l’homme devra consacrer une énergie d’une égale dignité à l’infini en lui, structural et dynamique, qu’évoque en un mot le terme d’inconscient  (…) on a le droit de réclamer que dans la période de mutation qui s’instaure, l’homme, remis en question soit bienveillant pour lui-même et pour les autres. »

 

 

Et d’ailleurs…

 

…  comment être altruiste si on se maltraite soi-même ?

…  comment aimer autrui si on ne s’aime pas soi-même ?

… comment en ne se connaissant pas prétendre connaître autrui ?

 

 Jérusalem est une destinée, la destinée du peuple hébreu et – nous venons de le voir – est aussi un ENSEIGNEMENT :

 

Notre destinée, c’est nous-mêmes…

 

 

… ce qui nous ramène à l’article d’ouverture de cette série sur Jérusalem, où le rédacteur du Mouvement Vers Rien 01-rien.org parcours la vieille ville pour qu’elle pénètre par cette porte humaine dans son monde intérieur ; article à reprendre en lecture pour qu’à partir de l’individu X que vous êtes, qui, comme chacun, habite Y et pense Z celle-ci s’étende à l’infini comme le ciel.

 

car c’est

ICI

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Jérusalem.

 

 

(1) Cité dans « Soumission » de Houellebecq, l’historien britannique Arnold J. Toynbee (1889-1975) – à ne pas confondre avec son oncle, Arnold Toynbee (1852-1883), créateur du concept de révolution industrielle – est considéré comme l’une des grandes figures intellectuelles et humanistes du XXe siècle. Après des études classiques et un début de carrière d’enseignant d’histoire grecque et byzantine, n’ayant pu participer au service actif pour raisons de santé, il fut affecté aux Renseignements politiques du Foreign Office en 1915 et participa en 1919 à la Conférence de Paix. Entre 1925 et 1955, il fut directeur de recherche au Royal Institute of International Affairs et professeur d’histoire des relations internationales à l’Université de Londres.

 

 

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

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