2015 année de la cause noire – chapitre 9 – Réflexion sur Malcolm X, Martin Luther King, Nietzsche, l’Etat, Dieu … et nos occasions manquées.

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Certains hommes arrivent en ce monde en le considérant le leur, quand bien même leur situation n’est que le résultat d’un nombre infini d’actes sur plusieurs siècles qu’ils n’ont pas fait naitre. Dans cette longue chaine causale, « des fous », « des prophètes ». Si les fous naissent de notre monde, les prophètes, libérés de toute condition, viennent ajouter leurs idées à l’Histoire et créent un monde nouveau : Moïse, le Christ, Mohammed, Bouddha, Confucius, Zoroastre, autant de modèles qui ont suscité de fortes motivations.

Martin Luther King – par observance ? – rejetait Nietzsche, philosophe critique, poète et prophète (tragique) lui-même, dont le Dieu était mort. Pourtant, cette confession involontaire qu’est le « Zarathoustra » de Nietzsche, au langage hiératique – ou plus précisément liturgique, mais primitif et déchristianisé – après le Faust de Goethe, proclame sa volonté de faire naître « le surhomme » depuis sa propre puissance, « au-delà du bien et du mal » : révolte contre l’époque … et si Nietzsche « brise les tables des valeurs » Freud peu de temps après, en pleine ère victorienne, mettra le sexe sur la table, après avoir fait la découverte de l’inconscient.

En occident, rappelons-le, l’idée d’un « Etat de Dieu » n’existe plus depuis le moyen-âge ; il est connu qu’à présent les représentants de l’Eglise chrétienne moderne prêchent le dévouement envers l’Etat, l’Eglise se considérant comme une institution visant  à la formation d’honnêtes citoyens.

« Mais nous vivons là les conséquences de la doctrine récemment prêchée sur tous les toits : L’Etat ; je reconnais là, non une rechute dans le paganisme, mais dans la bêtise. »

 Considérations inactuelles – III Schopenhauer éducateur – F. Nietzsche.

L’Etat a ceci de particulier qu’il a été créé par l’homme parce que l’homme ne vit pas seul : chacun attend de l’autre et de tout un chacun, le bonheur. L’Etat est donc une énorme machine à absorber le succès de chacun, pour le redistribuer en le diluant à tous les membres de la société.

Tous ? L’expérience que bien des noirs peuvent avoir de cette redistribution conduirait au désespoir toute personne raisonnable !

Notre philosophie, comme le dit Nietzsche, se doit avant tout d’être une philosophie de ce qui nous entoure, se fondant sur la base réelle de l’expérience.

Or, si nous voulons une preuve de l’existence de la divinité, de sa toute puissance, c’est bien lorsque celle-ci trouve par la psychologie politique son incarnation en l’homme, pour faire le mal, que nous la recevons le mieux.

* * * * *

Né noir et roux Malcolm Little alias Malcolm X est à la base ce que les travailleurs sociaux appellent de nos jours un « cas social », la misère étant cette conquête universelle, calculée, qui permet de tourmenter autrui dans la violence et l’injustice. Mais accepter une politique erronée n’est que le lot de gens si justement appelés « animaux politiques » puisqu’ils sont « comme » des animaux…  les autres hommes qui possèdent un esprit, une volonté, qui ont conscience de vivre parmi les hommes – et qui sont condamnés à vivre comme tels – doivent se supporter les uns les autres sans quoi, ils ne sont pas des hommes. Chacun a donc normalement la mission de s’élever, lui et son prochain. Or Malcolm X, autodidacte, n’est pas né dans les cours ombragées d’Athènes, mais à Omaha, Nebraska, Etats Unis. Pourtant, même aux USA, la moralité existe… ce qui existe moins, c’est pour le noir la possibilité d’une vie estudiantine, et ce qui existe encore moins, du coup, c’est la possibilité d’une communion intellectuelle avec le blanc : il s’agit donc d’une société destructrice.

On jettera facilement l’opprobre sur Malcolm X eu égard à sa position encourageant le self défense. Excusez-nous, mais sans échange intellectuel minimum « avec le blanc » – échange intellectuel qui dès le départ se devait d’être inconditionnel – quelle peut bien être la motivation première d’un individu dont des « animaux politiques blancs «  font « un bétail  noir » ? Il est inutile au bétail social noir d’être, en premier chef, aimable, l’échange consistant pour le noir à se faire pendre ! Pour que l’échange soit de nature authentique et qu’il soit cessé de juger selon les apparences, il faut parfois rendre les coups que l’on reçoit. Il le faut pour ouvrir le chemin aux lettres, à l’éducation dans les universités, dans le champ de la vie quotidienne : il y aura ainsi formation de bons citoyens éclairés. Mais pour que cet éclairage se manifeste il faut que certains hommes assurent, tels des silex, une source de friction enflammant les esprits pour générer le tonnerre et l’éclair, permettant enfin l’émergence du progrès.

Martin Luther King Junior alias Martin Luther King, fils de pasteur Baptiste, place, lui, la bible au cœur de son message, l’amour étant le moyen d’arriver à la paix et à la justice mondiale. Pour cela il faut faire comprendre à certains hommes que « leurs » pays ne sont pas plus que l’étable où Jésus vint au monde. Et le faire comprendre quelques années après la folie sanguinaire d’une guerre d’extermination, alors que le peuple allemand avait manqué avec Nietzsche l’occasion de se mieux connaître ; mais quel pays ne manque pas cette occasion ?

Amicitia, Amicitiam, amicitiae, amicitias, amicitarium : il n’a point été rendu, historiquement parlant, justice au mot amitié.

Faute à pas de temps ? On pourrait le penser, le plus important étant pour l’homme la sécurité financière ; quand ce n’est pas la superficialité des milliers d’agréments de la vie civilisée qui ne laisse pas le temps d’être, tout simplement d’être, à une vie intérieure…

… ce pourquoi, quand le rôle de l’Etat est de redistribuer le bonheur, l’individu croit qu’il est du devoir de l’Etat de CREER le bonheur. Donc de réguler les relations entre compatriotes. Et si cet Etat vous annonce que les exigences sont différentes selon votre couleur de peau et admet que l’on vous frappe pour cela, il n’est aucun intérêt d’avoir une relation d’amour avec cet Etat aussi ordonné soit-il.

Et pourtant, en tant qu’êtres humains nous n’attendons rien d’autre que l’hospitalité. Si ce monde ne nous la fait pas connaître, c’est à nous de la lui faire connaître.

Non pas que Dieu soit mort, comme le proclame le très faustien Nietzsche, mais par son évolution le moi humain se conçoit comme de plus en plus semblable à Dieu. Son âme y a-t-elle gagné ? La question n’est pas encore résolue…dans la mesure où des théories raciales au maquillage pseudo-scientifique ont donné « au pâle meurtrier » décrit par Nietzsche de la dignité à l’idée de l’extermination des juifs. On aura beau y réfléchir, on tournera en rond : ce que l’antisémitisme a représenté pour l’allemand est sa propre tare cardinale à anéantir dans la personne d’autrui. La règle est désormais connue : les hommes qui rejettent les dieux deviennent eux-mêmes des dieux, l’URSS communiste, l’extrême gauche socialiste en sont, eux aussi, l’exemple à grande échelle. Leurs apports sont reconnus : un programme absolument opposé à la culture et la constitutionnalité du meurtre politique.

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Pourtant s’il y a un révolutionnaire quelque part et si l’on perçoit Martin Luther King et Malcolm X comme tels, ce couple d’opposés qui plaide auprès de chacun leur comportement comme possibilité unique, sont de ces personnages que l’on pressent partout… puisque c’est en nous-mêmes – surtout quand nous sommes jeunes – que nous portons le révolutionnaire parfois le plus dangereux.

Problème éthique s’il en est : non-violence ou pas ? Dieu lui-même ne daignant pas nous communiquer sa réponse, nous observerons tous que les religieux qui savent admirer le spectacle des beautés de la nature, plantes, torrents, animaux, ciel et lune, se rendent pourtant bien compte, les bougres, que la volonté – d’évidence plurielle – du Dieu vivant est telle qu’ils sont toujours, déjà dedans

… pour ne pas du tout en tirer les conclusions qui s’imposent : puisque leurs saints livres respectifs ne sont pas la création toute entière, que n’en profitent-ils pas pour admirer ensemble et méditer ensemble les lumières différenciées de leurs esprits respectifs ? … mais quel individu ne manque pas cette occasion ?

 En définitive, ni Malcolm X ni Martin Luther King n’arriveront à passer le seuil de l’âge mûr.

Nietzsche mourra victime d’une forme atypique de paralysie.

Ces faits non plus ne sont pas dépourvus de sens.

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Dominique BENIGUET

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