2015 année de la cause noire – chapitre 10 – Mandela : de la lutte contre l’apartheid et de sa récupération

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Nelson Rolihlahla Mandela alias Madiba est tant évoqué qu’il est à peine possible de le citer sans se sentir obligé chaque fois de l’expliquer d’une façon neuve.

Mais écrire un article sur Nelson Mandela – et sur la liberté donc – aujourd’hui c’est surtout savoir que l’on sera lu par ceux qui ne demandent qu’à manipuler les individus pour orienter leur pouvoir de décision… pour qu’ils s’abstiennent de penser ; autrement dit pour les priver de liberté.

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Si grâce à Mandela ce crime moral odieux qu’est le racisme a reculé d’une marche, il est vrai que l’escalier demeure sombre et sinistre. Si l’apartheid, ségrégation institutionnelle systématique des populations de couleur, créait une barrière artificielle entre les hommes dans l’Afrique du Sud d’hier, en regardant l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, on ne peut pas établir que la lumière de la conscience y brille désormais unitairement (1) plus qu’ailleurs : l’Afrique du Sud est toujours inégalitaire 20 ans après l’apartheid. C’est qu’il est, là-bas aussi, question d’argent, quand ce n’est pas de « situation internationale », comme partout.

Outre que l’on peut une fois de plus en tirer la conclusion que nous sommes les mêmes hommes atteints des mêmes folies – et serons-nous toujours les mêmes hommes ? – rappelons que le but de cette barrière artificielle qu’était l’apartheid était d’éviter aux uns de se retrouver dans des rapports avec d’autres … autant dire qu’il ne s’agissait que de s’emprisonner soi-même dans des peurs et des inhibitions de bazar. Sans la moindre culture de l’esprit, puisque la liberté seule permet la prise de responsabilité, la prise de confiance en soi, pour la réalisation de choses neuves ; « création, culture… »  évidement, à l’évocation de ces mots, seuls les imbéciles sortent leur revolver. Quoique la kalachnikov ait pris le relai.

Il se trouve que Nelson Mandela quant à lui est un parfait représentant de certaines modalités psychologiques et psychosociales africaines, exprimant face à l’inconcevable la vérité de l’homme premier, la vérité de la conscience première que nous résumerons ainsi :

la violence non seulement est une situation antérieure à l’homme, mais aussi elle est une loi naturelle hostile à l’homme. Pour lutter contre une configuration de violence raciale, d’apartheid, qui a été faite par les hommes, il suffit que des hommes – en tant qu’hommes –  la défassent. Et il n’y a qu’un seul moyen : l’honnêteté, sans peur.

Et si grâce à Mandela le racisme, l’apartheid a reculé c’est qu’il est dans ce monde d’autres puissances également à l’œuvre, des puissances visant à la conscience, cette dernière n’étant pas le commencement absolu du monde, mais son second créateur (ce qui répond à la question posée plus haut « serons-nous toujours les mêmes hommes ? » : non).

L’honnêteté, sans peur, est, à vrai dire, une attitude bénéfique que chacun n’acceptera pas tant que les autres ne le feront pas. Et comme personne ne commence les principaux maux de l’humanité perdurent. Ainsi le plus souvent la liberté consiste pour certains à passer du point de vue d’un troupeau au point de vue d’un autre troupeau. Et ce qu’on ne veut pas savoir de soi est tout naturellement projeté sur ses semblables (voir éthique du Rien).

Mais la sagesse d’un Mandela n’est pas donnée à tout le monde : aujourd’hui qui le veut déclare qu’il y a une politique d’apartheid en France, une politique d’apartheid en Israël (2).

Tout simplement imbécile.

Une imbécillité sans limite lors que Nelson Mandela « entouré de compagnons juifs  » est accusé de parcours sioniste par d’autres… et qu’en France nous avons surtout, en lieu et place d’apartheid, la résistance et la dénégation de minorités chez qui la pensée destructrice vis-à-vis de la société d’accueil – véritable francophobie (3) – semble avoir “laissé être” élevé par beaucoup, ces derniers temps, au rang de fin en soi. Avec, l’accompagnant naturellement, ce besoin très actuel de crier, lié à l’excitation, à la fureur de ceux qui ont une idée qui les obsède.

Pourtant de telles exagérations dans le discours se remarquent immédiatement. C’en est bien évidement le but : l’émotion de ce qui se dit limite la place de la pensée ; il est donc difficile de réfléchir à ce qui se dit, d’autant que la formule-slogan se borne à obtenir un but seul de perception.

Scélératesse, cruauté, et manœuvre égoïste jusqu’à la moelle des os.

Un tel mépris des souffrances endurées par les populations sous le réel régime d’apartheid en Afrique du Sud nous fait la plus mauvaise impression. Tout cela indiquerait-il que la raison ordinaire  – et est-ce inéluctable ? – ne peut que complètement échapper à ceux qui ne se posent pas de question lorsque le statut d’esclave est évoqué avec banalité dans leur saint coran ? L’âme individuelle n’est-elle plus le centre même de l’expérience religieuse ? (4)

Pourtant il devrait être accordé priorité au bon sens : après les défaites successives des armées arabes, les palestiniens – suite aux bienveillants conseils de leurs « frères arabes » – qui avaient laissé la place libre pour « l’éradication du sionisme (5) » et d’Israël  – sont désormais parqués autant que détenus dans des camps de réfugiés dans les pays arabes, et si une situation qui vous est propre n’est ni vu, ni comprise par soi-même, comment peut-on prétendre bien voir et bien comprendre ce que font les autres ?

Les mots « drame palestinien » nous suffisent car la situation est dramatique. A moins que les pro-palestiniens élaborent un concept et lui trouvent son propre nom, ce qui caractérise l’acte de penser, car ce conflit n’a rien à voir avec l’Afrique du Sud, socialement, religieusement, géographiquement. Ni même au niveau des structures intimes des psychismes en action.

En Afrique noire traditionnelle, la valeur est constitutive de l’Etre. Le bien se définit par sa concordance avec l’être, et l’existant expérimente un drame où la force de vie est ce qu’il faut, à tout prix, protéger, accroître, transmette. La lutte permanente de l’homme traditionnel en vue de préserver la vitalité dans l’existant, contre les forces qui mettent en péril la cohérence de sa structure, incite à la prudence sociale.

Georges DIMY TCHETCHE – Psychiatrie en Afrique Noire et contexte socio-culturel

 Rien de proche-oriental, donc.

Enfin, au vu des événements au Proche-Orient et en France, et au vu de la tendance croissante aux actes de violence – quand ce n’est pas le retour à un état de barbarie – ne pourrait-on pas légitimement déclarer que de tels slogans, de tels symptômes obsessionnels, qui visent l’émotion plus que la pensée, sont “au jour d’aujourd’hui” où les propagandes n’ont jamais disposé de tels moyens, premièrement de véritables validations d’appels aux meurtres de masse en cours, et deuxièmement, ne sont pas l’œuvre de quelconques anges gardien d’un peuple, mais l’œuvre de véritables démons ?

Très exactement, si.

Nelson Mandela disait : « Nous ne sommes pas encore libres, nous avons seulement atteint la liberté d’être libres »

Tout dépend en France, au Proche Orient comme dans toute l’humanité, du nombre de ceux qui pourront le comprendre.

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(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/nelson-mandela/20130624.OBS4440/l-afrique-du-sud-toujours-inegalitaire-20-ans-apres-l-apartheid.html

(2) Devant les affirmations selon lesquelles il y aurait « politique d’apartheid » en France et en Israël la question que l’on peut se poser est celle de Ronald Fisher : « Quelle proportion de liberté demeure à un stade déterminé d’excitation ? » Sa propre réponse « Plus forte est l’excitation plus faible est le libre arbitre. » Il ne s’agit donc que de propos d’excités. 

 (3) Francophobie dont les « français de souche » sont aussi les porteurs, traitant leurs compatriotes de “veaux” et de “cons”.

(4) Ceci n’est pas une critique de l’islam. Pour une critique de l‘islam voir notre article « Critique de l’islam » 

(5) Chacun est libre de penser de l’éthique ce qu’il veut… mais de gens qui étaient là à la sortie de la préhistoire pour vous affirmer que les sionistes ( !) y faisaient déjà le mal nous confondent certainement avec les animaux domestiques soumis à ladite époque.

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

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