Harriet Tubman, Moïse Noire – De l’acte de tuer, du rêve et de la résurrection – 2015 année de la cause noire, chapitre 14

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Si nous voulons lire le livre de la vie d’Harriet Tubman (1820-1913) il importe de jeter un œil curieux à la fin, comme nous sommes nombreux à le faire lorsque nous avons un livre en main : alors militante pour le droit de vote des femmes, elle finira sa vie dans un hôpital pour afro-américain – fondée par elle-même – et sera enterrée avec les honneurs militaires.

C’est ce qu’apporte une forme de vie vécue dans la responsabilité et dans l’accomplissement de sa propre volonté. Bien entendu, cette chrétienne s’estima guidée dans ses décisions par « l’esprit de bonté de Dieu »… mais c’est bien les armes à la main qu’elle luttera contre les forces des ténèbres.

Contre celui qui se comporte en animal, contre celui qui considère puérilement que la couleur de peau importe en humanité, contre celui qui se dresse pour cette raison pour vous réduire à néant les armes à la main, contre celui-là il n’est rien de plus efficace que de formuler clairement que la puissance divine que Dieu a placé entre nos mains sert sa création pour qu’elle subsiste ; « on souffre moins du bien que du mal », autrement dit, en cas de situation extrêmement critique, celui qui se comporte comme une plaie d’Egypte envers son frère ou met les autres en danger mortel est le seul coupable : il faut alors presser le doigt sur la détente.

Une grande conscience, un grand discernement sont demandés face à une décision éthique aussi difficile. En vérité ce type d’humain est rare, mais c’est d’eux dont dépend la qualité morale de tous. Et nous ne reconnaissons le droit à ces actes qu’aux enfants et aux héritiers de la divinité qui souffre dans le corps de l’esclave.

* * * * *

Alors que le tourbillon du monde nous entraîne dans les multiples problèmes insolubles des masses humaines, alors que nous nous constatons de surcroît au beau milieu du combat du cosmos contre le chaos éternel, les politiciens qui raffolent du multiple sont réfugiés dans l’espace qui est le leur ; hélas, très majoritairement, ils sont de ceux dont l’âme ne peut être touchée par aucune blessure ; hélas, les religieux ne sont pas en reste quand il faut faire le procès des autres habitants de la terre.

On pourrait bien se demander à quoi servent l’instruction et la parole si ce n’est à développer les traitements inhumains et le crime. Songez au nombre de prêches chez les chrétiens et les musulmans et depuis combien de temps : tout cela pour quelle efficacité ? Si ces gens avaient été un minimum convaincu de l’aspect sacré de la vie humaine, nous ne serions pas en train d’espérer que nos gouvernements fassent quelque chose… mais ces gens responsables préfèrent s’accorder sur les dédommagements en cas de décès : une vie humaine est estimée à telle ou telle somme.

Combien vaut une peau de nègre ? Pas grand-chose. C’est celle de notre prochain mais le noir n’est pas la couleur idéale auprès des « grandes compagnies » d’assurance. Il faudrait se mettre d’accord, discuter… Etes-vous complètement fous ?! La vie a donc un prix ?!

La peau de négresse d’Harriet Tubman avait cependant atteint un bien beau chiffre: 40 000 Dollars morte ou vive.

Active et bien réelle Harriet Tubman ! Comment un seul petit individu du genre féminin a-t-il pu arriver à un tel score et voir sa valeur prendre une si grande extension ? Ce n’est pas si compliqué : elle barrait la route à une civilisation esclavagiste pourrie tout en participant à réduire la durée de vie de ses monstres.

S’il n’a pas été réalisé de film Hollywoodien sur sa vie pourtant fabuleuse – vous l’allez voir – c’est qu’elle est à elle seule un espoir, donc un danger. Mais tant pis : morte ou vivante Harriet Tubman est toujours sous le nez du diable, est toujours une femme ; sa conscience, sous ses traits, continue en nous même de porter colt et carabine. Elle est vraie, elle nous porte : aujourd’hui spectatrice céleste c’est avec beaucoup d’émotion que nous vous présentons plus avant cette grande destructrice du mal.

* * * * *

S’évader de la grande geôle sudiste avec à ses trousses patrouilles et chiens était extrêmement difficile sans un vaste réseau complice. Beaucoup étaient repris, d’autres épuisés se rendaient. Ce fut le temps de l’Underground railroad, le chemin de fer souterrain.

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« Cours, nègre, cours la patrouille t’attrape,

Cours, nègre, cours, voici le point du jour

Cours, nègre, cours, ne te laisse pas prendre,

Cours, nègre, cours, essaie de te sauver.

Ce nègre courrait,

Ce nègre volait,

Ce nègre a déchiré sa chemise en deux,

Sous la barrière,

A travers la vallée

La patrouille au derrière

Courant comme le diable… »

Les chemins de la liberté – Chanson de l’époque.

Des relais diurnes permettaient aux noirs en cavale de gagner par des marches de nuit le nord ou mieux encore, le Canada. Un réseau de 3000 hommes et femmes au total vers 1850 : des affranchis, d’anciens fugitifs, des abolitionnistes blancs, des Quakers, des justes, pour des cavales sans quartier : les chasseurs d’esclaves étaient sans pitié pour quiconque facilitait une évasion.

Harriet Tubman  alias le « Moïse Noire » née esclave, à l’enfance plus que misérable, cible de brutalités innommables qui lui laisseront à vie des séquelles, parvient à s’évader puis devint « conductor ». Dix-neuf expéditions dans le Sud, environ 300 clandestins sur dix ans sans jamais perdre un « passager ».

Si l’un deux voulait abandonner, elle sortait son pistolet : pas question que celui-ci soit repris et donne des informations sur le réseau ; « Tu seras libre ou tu mourras ». La frontière franchie, elle proclamait aux cieux : « Une âme de plus est sauvée ! ».

Que l’on s’imagine un peu, alors que nulle religion historique ne s’était opposé au principe de l’esclavage, que celui-ci semblait devoir durer sans espoir de suppression dans les contrées soumises à l’influence arabe alors que le plus gros trafic maritime d’êtres humains de l’histoire se déroulait en Atlantique, que l’on s’imagine un peu la situation des évadés ! Derrière eux des blancs ex-repris de justice, des criminels, des chasseurs d’hommes, des violeurs, les hommes de mains de sinistres calculateurs, des individus portés sur l’alcool et la bagarre, des sadiques, la lie de l’humanité, en somme. Quelle autre possibilité que de courir en espérant rester en vie ? Quels sévices en mémoire ? Quels adieux douloureux ? Quelle peur d’une issue mortelle ? Ô Dieu comme la nature les voulait torturés !!! Ô Dieu comme ils disaient non !!! Nous éveillerons-nous jamais à cette souffrance là ?! Comprendrons-nous jamais qu’elle est pourtant simple, la vie heureuse ?!

Que n’avons-nous LE COURAGE encore aujourd’hui de sortir de la fausse route sur laquelle nous nous trouvons ?! Mais nous n’avons rien appris là. De même que nous n’apprendrons rien, plus tard.

Lors de la guerre de Sécession elle prit la tête d’un groupe d’éclaireurs et d’espions puis fut conseillère à l’organisation de raids dans le Sud, participant aux assauts tout en sauvant encore de la servitude des âmes par centaines.

Quels que soient les dangers spécifiques qui auraient pu avoir raison d’elle et quelles que soient les confusions dans la bataille, cette femme d’expérience semblait dans l’action capable d’en prévenir les développements ; Hariet Tubman semait la confusion chez les esclavagistes alors écrasés par celle qui hurlait les mots qui conviennent ; qui qu’ils soient par ailleurs, les esclaves trouvés sur son chemin se dirigeaient vers la liberté, naturellement, en se dirigeant aussi vers les déterminants qui font l’homme : malheur aux maîtres ! malheur à leur puissance ! Ils ne possédaient rien, ni en eux-mêmes ni en dehors d’eux-mêmes : leur mort avait été décidée des millions d’années avant eux et ils l’avaient demandé par leurs tendances animales.

Mais le combat ne s’arrête jamais ; elle milita donc après la guerre pour les droits des afro-américains et le droit de vote des femmes.

* * * * *

Nous l’avons déjà dit par ailleurs, prendre une décision et s’y tenir, c’est cela aussi la virilité et certaines femmes, à ce titre, peuvent en remontrer à bien des hommes pour ce qui est de se tailler une place dans la société. Comme il arrive toujours sur la grande route militaire de notre monde que nous dévastons et usons, certains effectivement sortent des sentiers battus pour se battre à l’écart.

Aujourd’hui, tandis que l’orage gronde au-dessus de nos têtes, dans la nuit, toujours des hommes, toujours des femmes, courent habités de la profonde conviction que dans le Nord, la vie est plus facile. Certains les combattent, certains les aident, se hissant alors à la hauteur de nos idéaux. Mais dans le Nord, l’âme meurt plus vite que le corps. Reste nos rêves. Pour l’instant le Nord rêve de technologie, de conquérir l’espace : notre voyage à nous vers le dehors. En se bourrant d’anxiolytiques face à l’explosion démographique.

Tôt ou tard l’homme devra revenir sur la terre, tôt ou tard l’homme devra revenir à lui-même. Reste nos rêves disions-nous. Heureux celui qui rêve ! Nos qualités essentielles d’êtres humains sont dans nos rêves – parce qu’ils sont absolument en nous – et chacun d’eux engendre une réaction dans nos âmes. Peut-être existe-t-il alors quelque chose en dehors de notre cerveau qui soit incorruptible, rédempteur et résurrectionnel ? Nous ne paraissons ni le vouloir, ni le savoir, ni nous en souvenir.

Mais nous en rêvons.

Sans pouvoir jeter un œil à la fin du livre.

 

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

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