De la France des concussionnaires à la France Big Brother – Laurent Obertone – Analyse critique

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Si l’on se pose des questions sur l’état dans lequel se trouve notre société moderne, cela nécessite que l’on ne s’en approche qu’avec modestie et humilité, surtout si l’on est seul. Surtout si l’on ne connaît pas l’histoire de l’évolution de l’homme au cours des ères passées. Surtout si on n’a pas en soi la conjonction de plusieurs sortes d’études. Surtout si on n’a pas de style.

C’est ainsi que des hordes incapables sautent allègrement par-dessus tous ces degrés qui représentent de pénibles devoirs vitaux. C’est pourquoi nous n’entendons que des paroles d’autant plus prétentieuses qu’elles sont vides.  Quant à nous, rongés d’un doute, nous sentons que nous allons vers la catastrophe.

Même si la plupart d’entre nous n’arrivent pas à détourner leur regard des drames que nous vivons, ils demeurent peu nombreux ceux qui parviennent à surmonter les nécessaires instincts de défense qui préservent leur quiétude : ceux-là seuls mobilisent alors leur énergie. Il faut dire qu’il a été tellement abusé du langage que le grand public se terre, attendant des jours meilleurs, laissant participer plus turbulent que lui aux échanges de formules, de slogans, attendant aussi le jour où les paroles auront recouvré un sens.

Gouvernements, administrations, médias, experts, idéologues, les propagandes sont telles qu’au risque d’être pris par quelques esprits simplistes pour ce qu’il n’est pas, Laurent Obertone s’attribue – du haut de ses trente ans – la tâche de faire connaître les faits, proposant à la force incompressible des choses vraies le souci de leur irradiation, de leur diffusion.

Diplômé d’histoire et d’anthropologie, né dans le Juras, parents agriculteurs, Laurent Obertone – dont l’ombre est hantée de primitifs qui se méfient de la tribu voisine – n’est pourtant pas l’inventeur de l’arbitraire consistant à s’occuper de corriger des moyennes plutôt que des évènements en se comportant comme s’ils n’existaient pas. Sévère avec notre (in)justice, respectueux des blessures et traumatismes subis par la population dans « La France Orange Mécanique », âme incurable dans « Utoya », Laurent Obertone est toujours là, revient comme un complexe avec « La France Big Brother ».

Vu l’immensité des moyens matériels dont peut disposer le pouvoir  – depuis le 20ème siècle ils n’ont jamais été si considérables – Laurent Obertone se retrouve dans les sables mouvants de l’état actuel de l’évolution humaine, face à tout ce qui n’aurait jamais dû sortir des murs des asiles, le maladif, le malsain, qui a préformé la population à de grands changements dont on peut se demander comment il se fait que l’on n’ y ait pas pensé plus tôt : les tarés n’ont-ils pas droit à la liberté d’expression ? Faut-il vraiment stigmatiser les criminels ?

Laurent Obertone le sait : lorsqu’une société nous est décrite de la sorte, la première question est naturellement de se demander ce que vaut le guide. Les circonstances, notre actualité, sont telles que les le Pen, Zemmour et autres portes paroles d’une France au passé utopique soutiennent Laurent Obertone, s’en donnent à cœur joie devant le manque de fond de notre « droite » nationale, incapable d’être conservatrice et française, qui ne sait plus que copier l’américaine et être libérale (1), car oui Laurent Obertone est un réactionnaire.

Encore faut-il voir de quelle réaction il s’agit.

Il n’y a que cinq façons de faire face à un problème, à un obstacle : passer par dessous, passer par-dessus, passer sur la gauche, passer sur la droite ou avoir la réaction de rentrer dedans si le reste n’est pas possible. C’est la réaction naturelle. Quiconque est dépourvu de cet instinct minimum de survie qui ne le pousserait pas, à chaque instant, à « agir en réaction » est un danger pour lui-même et pour les autres. Et tandis que le facho réactionnaire traite les français de veaux et de cons, Obertone croit en l’intelligence française. Voilà pour Laurent Obertone.

Mais qui est Big Brother ?

 Alors que nos sociétés semblent sous le régime d’une course d’Amok générale (2), alors que l’humain est accumulé en masses citadines, alors que la population attend de l’Etat protection mais aussi sollicitude – l’Etat est aujourd’hui invoqué, songez-y – le grand public ne doit le plus clair de ses connaissances qu’à une télévision de bas étage et des politico-journalistes qui préfèrent leurs opinions à la vie réelle et les mots, aux faits.

C’est tout cela « Big Brother », l’Idée de l’humain portée par les médias, tel un comprimé, une injection, un pharmakon (3) psychique qui tente religieusement, c’est-à-dire avec une attention soutenue, de nous représenter un nouveau monde.

Mais les infamies les plus monstrueuses de la société ne troublent pas la majorité de nos concitoyens qui continuent de croire à la haute moralité de leur organisation sociale. Zola avait remarqué le premier que les grandes villes sont des « invisibles holocaustes de l’humanité », un génocide atténué et peu visible par la destruction du pouvoir de concentration, par la consomption prématurée de la substance vitale, l’épuisement nerveux provoqué par l’agitation qui mène à l’intoxication (par l’alcool, les tranquilizers et autres poisons) et par là-même à la diminution toujours plus grande de l’efficacité (4). Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que, si les enfants une fois chez eux sont dans le bruit, écoutant radio ou télévisions en révisant leurs leçons, il ne sert à rien de revoir le contenu des manuels scolaires : le bruit n’a jamais favorisé la concentration. Pas étonnant, au final, que la seule forme de contrat social actuellement en activité consiste à savoir de quoi l’autre n’a pas envie et le faire pour l’emmerder : « Instruisez votre prochain ou bien endurez-le. »

Comme cela ne va pas, comme rien ne va, Laurent Obertone dénonce la gauche, « ceux qui détiennent l’expression ». Et il le fait bien.

On aurait pu penser que personne n’est assez fou pour démolir les fondements d’une maison avant de construire un nouvel étage. La gauche l’a fait, possédée par l’idolâtrie inflationniste de l’Etat qui croit pouvoir réformer l’homme à l’image d’une nation. Comment ? Par le dressage à coups de slogans, par la double pensée : prôner le vivre ensemble et le fuir. Par qui ? Par le conditionnement, l’esprit Canal, prendre le réel pour du divertissement : caler « l’information » entre un pet et un jingle, posant face aux prétendus problèmes de la réalité, de prétendus artistes tel Koons au chien de baudruche dit « Balloon Dog » à 50 millions d’Euros ; pas vraiment nouveau : il y a toujours eu des prostituées tuberculeuses st syphilitiques avec pour clientèle  – à prix d’or – des contemplateurs névrosés…

Une « œuvre » totalement dépourvu d'imagination artistique, simple, affective, synthétique, continue, homogène, révélant immédiatement une singularité affective. Apathique, sans intérêt.

Une « œuvre » totalement dépourvue d’imagination artistique, simple, affective, synthétique, continue, homogène, révélant immédiatement une singularité affective. Apathique, sans intérêt.

… mais aussi et surtout par la France des médaillés du passif dont les exemples abondent dans la France Big Brother, auxquels chacun peut ajouter l’exemple de son expérience propre, le mien étant cette gauche de l’utopie d’une Ségolène Royal qui se met à croire qu’elle peut créer, à moindre frais, des crèches et haltes garderies par centaines dans les enceintes même des maisons de retraite (5) sans se poser de question sur le réel : il n’est hélas rien de tel pour que, soudainement, des personnes âgées se montrent attirées par la chair fraîche et commettent des abus sexuels… et Obertone de nous démontrer à plaisir qu’en toutes disciplines nos « penseurs » sont aussi remarquables et puissants à l’intérieur, que l’est BHL à l’extérieur avec la Libye.

On ne parle pas de « grand-messe » médiatique pour rien

 La croyance dans le verbe est devenue une croyance dans les mots, le mot (6) se transformant en un infernal slogan susceptible et capable de toutes les escroqueries. Avec cette croyance dans le mot naît l’envoûtement de la propagande : le citoyen est dupé, les marchandages se nouent en chaîne, l’enflure du mensonge atteint des proportions que le monde n’a jamais connu.

Les couleurs de la France

Mais, disons-le sans détour, taper sur la gauche et présenter la couleur de la délinquance garanti un Big Public :  la France de Tante Yvonne pour qui «  filles en jupe – garçons en pantalons », la France des dames de charité qui ne veulent de pauvres que vertueux (7),  la France des nationalistes farouches tels des djihadistes et il aura fallu beaucoup « d’habileté » à Laurent Obertone pour ne pas pincer ses amis de droite dans la situation douteuse où ils se sont mis eux-mêmes, en prêchant l’existence d’« une colonisation positive mythique » qui n’est pas un fait mais est LA raison pour laquelle nous avons droit à un « vivre ensemble mythique » de gauche.

 Le vivre ensemble mythique a une histoire

Avoir une « réaction naturelle » et se vouloir à la taille des exigences de la réalité demande beaucoup de conscience, c’est-à-dire plus que de ne jurer que par « les bienfaits de la colonisation ». Certes la colonisation « a fait du bien », à nos dieux guerriers d’entreprises privées, à nos gouvernants, nos administrateurs,  experts et mafieux qui se sont remplis les poches… et si le mythique général de Gaulle était la probité même – comme se plait à le rappeler Xavier Raufer dans son préface du livre d’Obertone – la colonisation c’est, malgré toute cette probité de façade, le scandale de la piastre, la concussion (8), la pourriture oui, mais celle de concussionnaires intègres… en fin de compte, les indigènes, nuls politiquement et économiquement – tout au plus faisaient ils parti de la faune et de la flore – qui n’avaient pas chez eux de droits, ne sont-ils pas nous aujourd’hui ?

« L’habitude ayant été prise d’accepter que les africains soient présenté comme « de grands enfants simples et passifs » – et certains l’acceptant encore – le même mécanisme demeure… mais c’est le « grand public » occidental qui est pris aujourd’hui par ses dirigeants comme « grand enfant simple et passif ». Quand on ne commercialise pas directement son temps de cerveau disponible.

Face à la saloperie coloniale soutenue par Jules Ferry, la gauche prendra soin de défendre les opprimés mettant sur le papier des modifications politico-sociales en affirmant qu’elles apporteront solution à des problèmes aussi profonds que l’acculturation et les désespoirs qui l’accompagnent.

Mais les racines profondes du mal n’étant pas touchées, les « libérés » de l’oppression ne visent qu’à renverser le sablier, c’est-à-dire remplacer leur position extrême par une position contraire. C’est ainsi qu’hier le communisme est apparuc’est ainsi qu’aujourd’hui un certain islam s’installe, l’islam d’un Allah persécuteur des hommes, d’un Big Brother islamique au combat dépassé : le savoir n’est pas la foi, pas plus que la foi n’est le savoir. Le savoir par la foi n’existe pas et cette formule cherche en vain à surmonter l’abîme qui sépare ces deux termes en nous ramenant à un comportement politique cinq cent ans en arrière. Indésirable.

En fait de Big Brother

L’être lorsqu’il est inclus dans la société est, en un certain sens, inconsciemment un homme plus mauvais que lorsqu’il agit uniquement de lui-même car il se sent porté par la société et déchargé dans cette mesure de sa responsabilité individuelle. De plus, la société souligne automatiquement en chacun de ses ressortissants les qualités collectives, elle accorde ainsi, par le fait même, une prime à tout ce qui est moyen et médiocre, à tout ce qui ne demande qu’à végéter dans le laisser-aller et l’irresponsabilité.

Bonjour, Monsieur Moyen.

Reste que l’authentique Big Brother, l’inconscient, ce Big Brother besogneux plus connu sous le nom d’ombre, dont l’existence réelle repose sur le fondement même de la nature instinctive qu’affectionne tant Laurent Obertone, est un a prioriune raison qui précède, est le seul Big Brother que l’on ne peut perdre de vue sans risquer les conséquences les plus dangereuses. Et Laurent Obertone sait nous le rappeler, localisant ce qui préside au déroulement de ce que nous créons et recréons sans cesse,  tandis que l’homme demeure fondamentalement paresseux, dominateur, pratiquant l’exagération avec pour carburant le mensonge.

Il est donc grand temps de se demander s’il est si urgent de mettre davantage en relief l’autonomie individuelle. Qui de gauche oserait prétendre qu’il y a urgence comme en 1968 ?! Le fait est aussi qu’en 1984, que diable, Schwarzenegger était « enceint » dans « Junior » (9) et on n’assistait pas à une récupération – on débattait encore un peu – dégueulasse comme celle que nous aurions si le film sortait aujourd’hui. Et puisque l’Assemblée Nationale s’est levée récemment comme en 1918 pour chanter la marseillaise, il est temps de se remémorer les mots de ce grand homme que fut Georges Clémenceau :

« La liberté est la faculté de se discipliner soi-même avant que les autres ne s’en occupent. »

Chacun doit donc mener son débat intérieur (10) pour que les forces agissant en lui se complètent et se hiérarchisent.

 

* * * * *

 

Excellent travail d’enquête de Laurent Obertone  même si le traficotage des chiffres de la misère, du chômage, de la précarité – pour un politico-journaliste 500 emplois d’assistante maternelle à 500 euros par mois égal 500 chômeurs de moins car il ne s’agit pas d’emplois précaires bien entendu – n’intéressent manifestement pas Laurent Obertone. Pas plus que les dires du premier rapporteur du RMI qui se demandait combien de familles aisées mériteraient de l’être, au vu des qualités de gestionnaires que l’on demande aux plus démunis. Mais peut-être ces manquements de Laurent Obertone lui viennent de son convenable degré de soumission. Quoi qu’il en soit, de pages sarcastiques en pages ironiques, de pointes acérées en tronçonnages sympathiques, on en vient à se demander si l’homme de gauche a, ou n’a pas, de cerveau antérieur, écartant la fonction du réel par de la pensée intestinale en toute négligence du sens, se limitant à la perception de l’activité viscérale consistant à déféquer des guirlandes de sottises.

Les descriptions de Laurent Obertone sont conséquentes, malgré une certaine tendance à l’uniformité visant clairement certains registres aux dépens de certains autres, ce qui laisse en suspens la question de son intention souterraine finale : puisque nous savons « quand » et « où » nous sommes, à « qui » sert-il de dénoncer les errances gauchistes si c’est – par absence de solution – pour laisser forcer expressément le passage vers une autre politique d’injustice ?

 

« Ô Troyens, méfiez-vous de ce cheval ! Quoi qu’il puisse en être, je crains les Grecs, même lorsqu’ils apportent des présents. »

Virgile


(1) La droite, c’était mieux avant…

 (2) Amok du malais Amuk : colère / désigne une espèce de délire soudain chez les malais, il se manifeste par le fait que celui qui en est atteint sursaute, tire tout à coup son poignard (le kriss) et tue tout ce qui se présente sur son passage. Il sera victime de son entourage en état de légitime défense. 

  (3) En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison, et le bouc-émissaire

 (4) On estime que 40 % des hospitalisations en psychiatrie sont dues au bruit.

(5) Holà des professionnels dans leur pluridisciplinarité : il existe une scolarité et des diplômes pour les professions dans le médico-social, chère petite madame.

 (6) Les mots que nous utilisons sont-ils l’être tout entier ? il y a loin du mot au vécu, au concret de l’acte. Tout au plus le mot est un outil mais le cœur, l’esprit, le mental, en saisit-il les profondeurs ? Ceci fait, en comprend t-il l’ombre ?  « Essai sur le côté obscur des concepts »  Lien

(7) Et où ont-elles vu que la misère apprenait les bonnes manières ? La misère apprend bien plus surement la violence et le crime.

 (8) « Il y a aussi la piastre de la concussion, celle du fonctionnaire blanc. Une tenace réputation de corruption est attachée au petit fonctionnaire, au douanier, au brigadier de police, au gratte-papier. Il est mal payé, il est grisé de puissance, il ne résiste pas au démarcheur français, au vietnamien qui vient auprès de lui avec une liasse de billets « pour apaiser son courroux et s’attacher sa faveur ». Le moyen et surtout le haut fonctionnaire ne concussionnent pas (concussion, concussionner, concussionnaire sont des mots de chaque instant ;  rue Catinat, on ne cesse de les employer en disant : « celui-là, concussionne, c’est tant. Celui-là, il ne concussionne pas » ; mais, dans ce dernier cas, c’est beaucoup plus un reproche qu’une louange). Le moyen et le haut fonctionnaire font constamment sonner leur intégrité. Ils ne cessent d’en parler, comme s’ils se jugeaient des saints. L’honnêteté rend certains d’entre eux grincheux. Un chef de service m’a confié : « Puisque je me refuse à toucher, que j’aie au moins la paix ! J’applique minutieusement le règlement, j’écris « non » sur tous les dossiers. Comme ça pas d’histoires. »

Lucien BODARD – La guerre d’Indochine II – L’illusion

 (9) Junior (film)

 (10) Non, pas son djihad, pas avec un sabre : un débat c’est sans armes, pour qu’elles ne parlent pas, puisque quand il y a des armes, ce sont elles qui parlent, d’où l’expression « faire parler les armes ».

 

RING Editions 

 

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Dominique BENIGUET

2 commentaires

  1. Dominique BENIGUET

    Sur le site des éditions Ring le communiqué de Laurent Obertone sur les attentats du 13 novembre, publié sous forme de tribune dans Le Figaro du 27 novembre 2015

    http://www.ring.fr/article/article.php/article/communique-de-laurent-obertone-sur-les-attentats-du-13-novembre

    La réalité vient de nous frapper en plein visage.
    « Nous sommes dans la guerre », a essayé de dire François Hollande, et pourtant toujours incapables de construire des prisons, d’endiguer l’insécurité, de faire appliquer la loi, de maîtriser l’immigration, d’arrêter de prendre des « fondamentalistes » pour des déséquilibrés, et de cesser de traiter de « manipulateurs », a minima, tous ceux qui ont le mauvais goût de souligner ces problèmes.
    Allez, après moi : « Je suis Charlie, je suis Paris ». Criez plus fort, oubliez plus vite.
    Vous ne voulez pas d’amalgame, mais quel choix laissez-vous à l’opinion ? Soit répéter vos mensonges, soit la clandestinité ?
    L’opinion voudrait qu’on parle enfin son langage. Et par la même occasion qu’on cesse d’ignorer sa réalité et, si possible, sa souveraineté. L’opinion n’accepte pas de sacrifier ses libertés en se planquant derrière des barbelés, des caméras et des surveillants parce que les planeurs qui nous gouvernent trouvent ça tellement plus beau un monde sans frontière. L’opinion n’accepte plus qu’on la sacrifie au nom d’une « ouverture » synonyme de soumission.
    L’opinion ne veut plus s’entendre dire que « les premières victimes sont les musulmans », ni que « l’islamophobie explose », quand des tarés massacrent au nom de l’Islam 130 personnes, avec le soutien de milliers de « français » et de « belges » qui le sont autant qu’une pomme est une banane.
    L’opinion n’est pas stupidement méchante et débile : elle sait parfaitement que vivent parmi nous des musulmans qui aiment notre pays. Mais elle sait tout aussi bien que des groupes salafistes, que des groupes partisans de l’État Islamique, que les frères musulmans et leur organisation française l’UOIF, que quantité d’associations publiques, parfois soutenues et financées, en tout cas tolérées par l’État, ont des fantasmes sans doute plus proches du califat que de la laïcité.
    L’opinion sait aussi que notre gouvernement n’a pas tenu compte d’avertissements étrangers qui auraient pu nous épargner ces attentats. Comme elle sait que François Hollande préfère armer l’Arabie saoudite à la Russie.
    Ce qui l’intéresse, l’opinion, plutôt que de devenir une République Islamique, c’est de savoir pourquoi la République, la sienne, manque à ce point de cohérence et de courage.
    L’opinion en a marre de voir le débat public se transformer en une ode à la stérilité, marre de se demander si ses élus et journalistes sont encore capables de penser, plutôt que s’époumoner d’indignation et s’acharner sur ceux qui ne récitent pas la même chose qu’eux.
    Tout ce qu’elle voit, l’opinion, ce sont des terroristes, intellectuels ceux-là, prêts à nier le terrorisme, à refuser de le nommer, par peur d’un amalgame. Elle voit, par exemple, l’AFP transformer des terroristes en de simples « assaillants ».

    Le sentiment qui domine l’opinion est le suivant : l’État a trahi. Il a rompu le pacte, bafoué sa constitution et méprisé ses devoirs, il a créé les conditions du désordre. Et on voudrait qu’on se fie à cet État pour mieux nous protéger ? Cet État qui depuis cinquante ans organise une immigration massive que jamais l’opinion – qu’on prétend souveraine – n’a approuvée ?
    Il est urgent d’entendre l’opinion, et de n’en plus criminaliser les inquiétudes.
    L’opinion ne veut plus être séduite ou menacée : elle veut des faits.
    L’État, c’est elle, et elle veut être obéie. Face à la faillite majeure du gouvernement français, nous demandons la création immédiate d’un comité d’experts en contre-terrorisme, composé de pointures françaises et mondiales, non-partisanes, dont les propositions devront être appliquées.
    Gouvernants, si vous ne pensez qu’à sauver votre boutique, si vous n’avez pas compris que gouverner n’est pas seulement jouir de l’impôt, que la France n’est pas que le paillasson de vos délires, que son peuple finira bien, malgré son infinie patience, à se radicaliser, par tous les moyens y compris électoraux, alors vous ne comprendrez jamais rien.
    L’opinion ne laissera pas leur « vivre ensemble », par sa lâcheté, ses renoncements et sa soumission, devenir son « mourir ensemble ».

    Laurent Obertone, écrivain, membre de la secte des yeux ouverts, et humble sujet de l’opinion, auteur de La France Orange Mécanique, Utøya et de La France Big Brother (2013 et 2015, éditions Ring).

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