De la révolte d’Attica à Michael Jackson – Relations communautaires et gouvernement – 2015 année de la cause noire, chapitre 11

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Beaucoup d’entre nous descendent de modestes familles de cultivateurs, de familles qui se penchaient vers la terre, pour y récolter leurs propres patates. Double nourriture, dont une, abstraite, où les instincts sont en vie et où l’homme est proche des couches primitives qui le fonde. Mais c’est aussi là, vers le bas, en étant relié à la nature, se nourrissant de son travail en faisant de ce qui l’entoure une part de lui-même, que se trouve pour l’homme le royaume des cieux, à condition d’y regarder dans son âme.

La prison, c’est exactement le contraire : l’être est confiné à son corps, dans une cellule standardisée … il ne peut pas être un humain : si notre psyché n’a pas ce qu’elle demande, nous devenons dangereux. Pour le condamné à l’emprisonnement, c’est donc l’animal captif seul qui demeure. Et s’il a quelque chose à exprimer, ce n’est pas de l’amour.

Au centre correctionnel d’Attica dans l’Etat de New York, du 9 au 13 septembre 1971, des hommes emprisonnés, socialement, politiquement, ont réagis en termes de relations communautaires face à leur gouvernement.

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Pour l’immense majorité d’entre nous en ce bas monde, notre système économique nous apporte la sensation d’être comme dépossédé ; c’est qu’il y a des inconvénients à notre économie. Certains inconvénients sont graves, d’autres non. Il importe pour nos gouvernements de viser les moins graves. Reste que nous avons des loisirs et, de plus en plus nombreux, nous allons au jardin, nous bricolons, nous troquons notre savoir : ces attitudes sont cruciales pour notre propre réalisation et c’est là que s’enracine, ou plutôt subsiste, notre humanité.

A Attica, le prisonnier a une douche par semaine et un rouleau de papier hygiénique par mois.

Les autres droits n’existent pas non plus, mais le droit de pouvoir – au moins – s’essuyer le cul est certainement mobilisateur. On ne peut qu’admettre que cette revendication, la plus simple qui soit, fasse parti des requêtes essentielles de ces prisonniers.

Les brutalités racistes, les tortures, étaient commises par des gardiens tous fanatiques… mais qui savaient aussi qu’en cas de mutinerie dans leur bloc ils avaient, matraque ou pas, trente secondes pour évacuer avant de se faire lyncher : sur de la dynamite en pagaille tout le monde avait sa petite allumette, prête à craquer…

De 1969 à 1971, huit hommes ont marché sur la Lune.

C’est la guerre du Viet Nam, dans un contexte de lutte pour les droits civiques.

La gauche radicale américaine, The Weathermen, commet des attentats à la bombe qui visent des symboles, ne faisant aucune victime.

Le 21 août 1971, Georges Jackson du Black Panther Party est tué… « lors d’une tentative d’évasion ».

Le 9 septembre 1971 les détenus d’Attica s’emparent d’une cour et d’un bâtiment en prenant quarante-deux gardiens et civils en otage.

Il se trouve en ce bas monde encore, qu’une communauté se fonde sur les relations personnelles et que l’endroit que l’on occupe devient nécessairement celui d’une famille. Il se trouve aussi que le gouvernement n’est jamais très disposé à aider les projets communautaires.  Pour cette raison ce sont toujours les projets les plus originaux, les plus valables qui arrivent à exécution (comme les jardins ouvriers). C’est cela, au fond, notre liberté. Sans quoi  nous serions, répétons-le autant qu’il le faudra, des animaux captifs.

Il se trouve qu’à Attica toujours, détenus noirs, détenus hispaniques – majoritaires – et détenus blancs avaient des relations personnelles ; pas étonnant dès lors, se rendant compte qu’ils n’étaient pas des bêtes, qu’ils se soient rendus à l’évidence et considérés de la même famille : notre espèce… tout en séparant les revendications, à l’africaine : tout faire avancer sur une même ligne, en même temps, ce qui ne demande pas une grande culture philosophique en étant, tout de même, un concept philosophique où la responsabilité des conséquences est la responsabilité de tous. Une humanité où chacun ne cherche pas à arriver le premier, mais où l’on cherche à arriver tous ensemble. Une autre forme de science sociale qui, tout simplement, est la moitié de l’histoire de l’humanité. L’autre étant que des individus soient doués pour comprendre certains faits et philosophent pour formuler leur découverte : seconde moitié de notre histoire, impliquant entre ombre et lumière, de grandes responsabilités pour l’individu.

Mais ce monde où nous sommes attachés demeure, et il nous faut le clarifier ; Attica sera le lieu de vastes négociations : droit à l’éducation pour la réinsertion, liberté de culte, formation des gardiens… mais aussi vu le « climat » demande de transferts de certains prisonniers vers Cuba ou l’Algérie. Médias, politique, rébellion et – inconvénient des plus graves – répression.

Il semble donc bien que soit démontré une fois de plus que nous partagions les mêmes contenus collectifs ; bien que ce soit discutable il n’en demeure pas moins CERTAIN qu’il existe entre les hommes un besoin de PARTICIPATION MYSTIQUE – inconscient – à plus de conscience.

Il semble bien aussi que quelque chose s’est attaché à nous, quelque chose d’autre que nous qui frappe avec sa propre volonté : 9 gardiens tués lors de l’assaut par les armes de la police elle-même, 25 prisonniers tués par la police.

Le film Attica de 1980 avec Samuel L. Jackson est passé sur nos écrans à sa sortie, il n’est aujourd’hui pas plus disponible à la vente en français, même sous titré, que celui sur la bataille de Gettysburg et son discours du Colonel Chamberlain, dont on se demande pourquoi il se doit d’être tenu dans l’ombre.

Michael Jackson en 1995 sortira dans son album HIStory un morceau titré « They don’t care about us » éminemment politique, qui se passe en prison… et se passe de commentaire quant aux liens qu’il a avec les événements d’Attica, en partant des images d’aujourd’hui pour arriver à celles d’hier.

Cette chanson a également été interprétée lors du « HIStory Tour » avec une chorégraphie d’inspiration paramilitaire.

A bond politisé, plongeon du même type : les accusations de pédophilies contre Michael Jackson, visant au portefeuille, qui n’en étaient qu’à leur début, devinent phénoménales. Innocenté à sa mort pour des raisons de fond – donc d’argent – il est à nouveau accusé aujourd’hui… pour la même raison ? Il n’est évidement pas question pour 01-rien.org de se porter garant de la vie sexuelle d’un autre que lui-même… mais nous nous portons en revanche les garants d’une certitude :

Quelque chose s’est attaché à Michael Jackson, quelque chose d’autre que nous, qui frappe avec sa propre volonté.

Ce qui nous en dit long sur ce quelque chose, qu’on aurait bien raison d’appeler le diable, également à l’origine du racisme et de l’antisémitisme.

Nous sommes, quant à nous, possédés par la lourde signification de ces problèmes et portés par l’urgence de nous en détacher.

Nous ne le ferons pas sans laisser figurer ici toutes nos émotions subjectives, en un dernier hommage, n’en déplaise à certains, au plus grand artiste noir engagé de tous les temps.

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« IL ne brisera point, le roseau froissé ; IL n’éteindra point, la mèche qui brûle encore. »

  Livre d’Isaïe – Chapitre 42

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Dominique BENIGUET

Un commentaire

  1. Concernant le passage disant,

    « Il se trouve qu’à Attica toujours, détenus noirs, détenus hispaniques – majoritaires – et détenus blancs avaient des relations personnelles ; pas étonnant dès lors, se rendant compte qu’ils n’étaient pas des bêtes, qu’ils se soient rendus à l’évidence et considérés de la même famille : notre espèce…tout en séparant les revendications, à l’africaine : tout faire avancer sur une même ligne, en même temps, ce qui ne demande pas une grande culture philosophique en étant, tout de même, un concept philosophique où la responsabilité des conséquences est la responsabilité de tous. Une humanité où chacun ne cherche pas à arriver le premier, mais où l’on cherche à arriver tous ensemble »

    et plus particulièrement cette dernière phrase, on en vient à songer au défi vainement lancé chaque année à ses étudiants par ce professeur de psychologie américain ( Dylan Selterman, pour info ). Voici d’ailleurs un lien vers un article dessus, si vous souhaitez:
    http://etudiant.lefigaro.fr/international/vu-d-ailleurs/detail/article/la-question-piege-d-un-professeur-americain-torture-les-internautes-16441/

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