Avis critique sur « Notre France » de Raphaël Glucksmann – république ! République ! REPUBLIQUE !

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Citoyens, citoyennes,

Lassitude, dégoût et ennui, c’est tout ce que nous inspirent les critiques que nous avons pu lire sur le livre de Raphaël Glucksmann « Notre France – Dire et aimer ce que nous sommes ». Qui parle d’un « livre modeste », qui parle du « rusé Glucksmann » : addition d’inconscience, raccourcis visant à faire pencher la balance vers le non-être au profit de basses intrigues, raccourcis visant à faire glisser vers les habituelles insinuations dégoutantes, bref comme d’habitude méli-mélo de tout ce que les gratte-papiers peuvent inventer, de tout ce que le quotidien des médias sait remuer de pourriture pour écarter l’homme éduqué d’un manifeste éclairé.

Le livre concerne pourtant chaque parti politique, conservateur ou non, et, décidemment, rien n’est fait pour que même les plus décents de nos compatriotes ne parviennent nulle part à échapper à un certain niveau de trivialité, présent partout : voilà comment sont les choses dans notre chère patrie.

Irresponsable.

D’autant qu’une société est une somme d’individus qui doit prendre en charge ses responsabilités réelles et que rien ne peut être rénové si l’être en particulier ne réussit pas à être attentif à ce que veut sa nature… et notre nature est la République qu’il est de la responsabilité de chacun de sauver. Cette voie n’est pas un idéal, elle est authentique, ce n’est pas nous qui la choisissons, c’est elle qui nous choisit.

Et cette voie est celle de Raphaël Glucksmann qui a dépouillé avec pertinence la source de toute vacuité pour fouler notre voie française que l’on veut laisser dans l’obscurité.

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* * * * *

 

« (…) C’est de la France dont nous devons nous occuper nous dit-on ; et je le demande, messieurs, est-il une nation qui ait plus constamment méconnu les principes d’après lesquels doit être établie toute bonne Constitution ? Nous avons été successivement soumis aux tyrannies les plus avilissantes. A peine sortis de la barbarie, les français éprouvent le régime féodal, tous les malheurs combinés que produisent l’aristocratie, le despotisme et l’anarchie ; ils sentent enfin leurs malheurs, ils prêtent aux rois leurs forces pour abattre les tyrans particuliers ; mais des hommes aveuglés par l’ignorance ne font que changer de fers ; au despotisme des seigneurs succède celui des ministres… »

Comte de Castellane

 

Oui les droits de l’homme n’existent nulle part et leur proclamation implique une abolition de l’espace comme du temps. Oui, il s’agit bien de rompre avec les pratiques communes à toutes les nations européennes (abstraction géographique) et avec l’ensemble de notre passé (abstraction historique). Oui, les opposants à la déclaration ont donc raison de parler de « visées métaphysiques ». Nier ce qui est au nom de ce qui doit être, faire ce qui n’existe pas encore la base de toute loi positive : voilà la définition la plus pure d’une révolution. L’abstraction est radicale, mais elle plus que légitime aux yeux de Castellane et des rédacteurs de la déclaration, elle est nécessaire : sans elle, sans la sortie du monde qu’elle suppose et impose, jamais le monde ne changera. Or, le monde doit changer, le statu quo n’est pas envisageable. L’homme ne se libérera de ses chaînes physiques et mentales qu’en les brisant d’un coup de hache conceptuel.

Ce coup de hache est donné par les élus du peuple français pour tous les hommes ce 26 aout 1789. L’Assemblée reprend en préambule de la Déclaration les arguments de Castellane : « Les représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme… »

Une construction théorique (les « droits naturels ») est érigée en fondement « sacré » de la société humaine. (…)

 

Il sera naturellement difficile à faire admettre à ceux qui ménagent nos gouvernements que tout cela est vital : nous ne ferons pas mieux, pour appuyer ces propos de Raphaël Glucksmann, que de citer un homme près d’une centaine de fois Doctor Honoris Causa et ce probablement parce que les universités du monde entier se trompent, et pas eux :

« Nous avons tous la responsabilité de sauver l’humanité, en soi-même. Nous devons être attentifs à ce que veut notre nature, à ce que le Soi veut réaliser en soi, à la volonté de Dieu. »

 Carl Gustav Jung

Voilà donc notre façon de dénoncer l’incompétence notoire des critiques quand il s’agit de parler d’un livre intelligent, de qualité supérieure. Evidement Raphaël Glucksmann a appuyé sur les bons boutons et déclenché autant de décharges électriques tout au long de son manifeste… décharges électriques sacrées qui expliquent certaines causalités, mais passons.

 

« Sur le tableau de Jean-Jacques-François Le Barbier qui illustre et propage la Déclaration à travers la France et l’Europe, les deux registres sur lesquels figurent ses 17 articles évoquent les tables de la Loi rapportées par Moïse du Mont Sinaï. Le message est limpide : Dieu a écrit dix commandements, la Raison en a produit 17, tout aussi sacrés. Les deux registres sont entourés d’allégories représentant la France et la renommée, d’un serpent se mordant la queue, symbole de l’éternité à laquelle la nation accède ce 26 août 1789.»

 

L’effort éducateur doit faire face à bien des ombres avons-nous dis dès le départ, et dans les amis de Raphaël Glucksmann bien des gredins et dans ses adversaires, des incompétents au plus haut point qui ne demandent qu’à le classer dans la catégorie « bobo de gauche » : autant d’attitudes réputées raisonnables qui tuent la Raison. Et Raphaël Glucksmann n’est tombé dans aucun piège, s’est abstenu de la moindre prudence face aux pervers, n’a sous-estimé aucun des terribles tourments qui s’abattent sur les français.

Non Raphaël Glucksmann n’a pas esquivé les évènements du nouvel an à Cologne, non il n’a pas fuit le réel, la faim et la pauvreté, non il n’a pas été un bisounours face à l’islamisme, oui Raphaël Glucksmann traite d’incapables la gauche et la droite, oui il pose les bonnes questions et oui il y répond.

Comment ?

Par une invitation au voyage à travers l’histoire de notre identité, par l’analyse du trouble français, en plaçant dans la bouche de François Hollande un discours sur notre cosmopolitisme naturel de Jean Moulin à l’Affiche Rouge, en brandissant notre universalisme « wir schaffen das !»  « nous y arriverons ! »,  en rappelant que notre France est révolutionnaire, européenne pour de vrai, existentialiste, rabelaisienne, cartésienne, voltairienne, philosophique, qu’elle est un champ de bataille et en exigeant de l’audace – à coups de pied aux cultes et de service civique obligatoire – pour les enfants de notre siècle.

Rien que ça.

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Identité ?

« Nous sommes le 3 juillet 1315. Louis X proclame dans un édit royal que « le sol de France affranchit celui qui le touche. ». « Notre royaume est dit et nommé royaume des Francs, et voulant que la chose soit accordant au nom et à la condition des gens… » : donnant au nom de « Franc » un sens tout autre qu’une origine ethnique, le roi instaure ce jour-là le primat de l’étendue politique sur la profondeur généalogique, la prééminence du sol sur le sang. Peu importe d’où il vient, peu nous chaut si dans son pays de provenance la servitude fait loi ou non, sans égard ni regard pour son génome, l’étranger en « touchant » notre terre, est automatiquement « affranchi ». Il devient « Franc », nom qui désigne à la fois un peuple et une « condition » juridico-politique (la « condition » d’être libre),  pas un lignage ou un groupe sanguin. La grande aventure française de droit du sol vient d’être lancée. Louis X n’est pas un « bobo-droit-de-l’hommiste »…

 

Islamisme ?

« Une nation est une mémoire longue. Son passé, même lointain, infuse son présent, conditionne ses réflexes. Le souvenir, conscient ou non, des guerres de Religion explique notre méfiance radicale – il s’agit là d’une singularité française – vis-à-vis de tout empiètement religieux ou communautaire sur la « chose commune » ou res publica. La France a frôlé la dissolution dans la guerre civile du XVIème siècle et cela l’a rendu consubstantiellement, « identitairement laïque. Elle ne sera jamais les Etats-Unis, « one nation under God » (« une nation sous Dieu »), la devise américaine, est dans notre langue un énoncé contradictoire car la soumission des dieux fut la condition de notre survie.

Transformés chez nous, s’ajustant à notre histoire, les termes s’inverseraient : « une nation au-dessus des dieux » convient mieux à la France. Notre société est riche de la pluralité des fois qui coexistent en elle, mais notre nation se définit d’abord et avant tout par leur conjointe mise à distance, par l’élévation de la « chose commune », la république au sens originel du terme, au-dessus d’elles. L’Eglise catholique a fini par l’admettre après des siècles de résistance. Les religions minoritaires doivent le faire aussi. »

 

Clair, net, précis… et non négociable.

 

L’intelligence de ce livre est avant tout qu’il invite à un voyage dans notre culture, dans notre inconscient collectif, recensant les expériences – du roman de Renart à Gargantua, de Rousseau à Voltaire, de Hugo à Zola, de nos bistrots à nos cafés – qui ont provoqué la formation de nos représentations communes, indépendamment d’un mythique « âge d’or » alias « c’était mieux avant », et des migrations qui n’ont fait que valider les dispositions universelles de notre République. Et comment mieux prouver la validité d’une hypothèse que par son applicabilité ?

Un livre pointilleux – et il faut être pointilleux quand il s’agit de morale – car il s’agit d’en finir avec l’équivoque, la tromperie, la trahison de tous ceux qui estiment que « la fin justifie les moyens » et se croient assez grands seigneurs pour décider, de leur rive gauche ou droite, des méthodes à employer pour nous éviter la déchéance.

Tandis que certains se demandent si nous devons porter un enthousiasme aussi ardent à la notion historique de patrie et se contentent de rêver à un avenir meilleur, Raphaël Glucksmann nous rappelle que la France a toujours été une terre de combat entre ceux qui  sous « nos bons rois » estimaient déjà qu’on ne trouvait plus de bonnes volailles en France et ceux qui restaient insensibles à des suggestibilités de ce genre…

Finesse aussi d’un Raphaël Glucksmann qui sait ce qu’il en est de la représentation que le reste du monde peut avoir de notre péninsule européenne et qui, comme d’autres explorateurs l’avaient observé eux-mêmes au cours de leurs longs voyages, affirment qu’un « sauvage » qui prendrait subitement connaissance de notre histoire de blancs sans en avoir rencontré auparavant, nous prendrait tous pour des fous dangereux ; et Raphaël Glucksmann de citer Montaigne de la façon la plus cinglante qui soit après visite par ces « sauvages » de nos structures :

 

« Ils (les sauvages) dirent qu’en premier lieu ils trouvaient fort étrange que tant de grands hommes barbus, forts et armés, qui entouraient le roi, se soumissent à obéir à un enfant. Secondement (ils ont cette habitude de nommer les hommes, moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu parmi nous des hommes riches et gavés de biens alors que leurs moitiés mendiaient à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté ; et trouvaient étrange comment ces moitiés si nécessiteuses pouvaient accepter une telle injustice sans prendre les autres à la gorge ou mettre le feu à leurs maisons. »

 

… on se le demande…

 

 

Nous n’avons trouvé aucun – absolument aucun – défaut à ce livre orienté consciemment vers bien des symboliques, des résistances et des contre-résistances, vers des fonds archaïques à différencier et dieu sait que certaines questions sont bien difficiles à manier ! Les exemples développés aboutissent et il en irait presque de nous, qui voulons faire critique, comme du vieux Moïse qui ne put que jeter un œil fugace vers le pays des questions de la psychologie des peuples : nous n’irons pas plus loin pour, qu’avec notre considération, l’honorable lecteur s’empare de cette étude, de cette matière première, de ce qui est expliqué et compris, de la nature de nos paradoxes, de ce qui nous est personnel et impersonnel, moral et immoral, juste et injuste, éthique et non éthique, d’une intelligence à la fois rusée en même temps qu’aveugle, immensément forte et faible puisque tels sont les fondements de notre nation, de ses structures et constructions conceptuelles. Aucune critique ne peut saisir à elle seule un tel morceau de nature, nous ne pouvons transmettre au lecteur que les quelques modèles ci-dessus présentés : le résultat de notre critique pourrait paraître alors imparfait ; même si nous nous targuons d’avoir pénétré chaque recoin les plus secrets dudit livre, nous n’en dirons pas plus, obligés devant tant d’intelligence d’avoir recours à des blocs de citation car nous sommes ici placé devant un devoir de lecture, au-delà du temps et de l’espace : un véritable devoir spirituel.

Et nous ne nous targuons pas qu’un peu de l’avoir compris, Raphaël Glucksmann : nous qui sommes si opposés aux slogans n’attaquons même pas Raphaël Glucksmann sur le slogan « Migrants welcome » et le fait qu’il nomme par ailleurs parfois slogan ce qui est devise ; non, nous ne disons rien car quand une réflexion est si haute et si accomplie, que la qualité est telle au niveau du courage et de la raison, de l’intelligence et de la conscience, que tout concorde à ce point avec l’expérience humaine, nous comprenons mieux pourquoi un Dieu, un être suprême, place tant de confiance en chacun d’entre nous : pour que « Migrant welcome », fièrement rédigé avec la mécanique vigilance adéquat, soit le 18ème article de notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, car il n’est de beauté que dans ce combat (1).

Et puisque toute philosophie doit se fonder véritablement sur ce que nous expérimentons par nous-mêmes, le combat doit commencer par la lecture de « Notre France »  que nous laissons ainsi dans toute sa pureté à votre attention.

A lire d’urgence…

… Avec fierté citoyens ! Avec fierté citoyennes !

 

 

CJ

 

 

Allary Editions

(1) Voir notre article « Heaven’s gate » La porte du paradis de Michael Cimino – Avis critique et réflexion sur les migrants

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

Un commentaire

  1. J’ai écouté attentivement R.Glucksmann à la télévision, deux fois, et j’ai entendu un discours pertinent et surtout teinté de sincérité, sa bonne intention est évidente, celle d’éviter avant tout le délitement de notre société française. On manque énormément de ce type d’intellectuel qui mets en perspective le simple rappel de faits objectifs loin de toute obédience. C’est assez revigorant de temps en temps ces congénères qui réconcilient l’Homme. Merci D.Béniguet pour ce suivi d’un livre à l’idée utile, même si elle est peu relayée, puisque hors mainstream politique des bisbilles primaires…

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