2015 année de la cause noire – Chapitre 2 – Civilisation, colonisation, sociologisme, psychologisme

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Deux grandes institutions dominent le monde occidental : un système industriel et un système démocratique. C’est ainsi que nous vivons encore aujourd’hui. Mais si l’industrialisme et le nationalisme ont concouru à la formation de grandes puissances, chacune d’entre elles a constitué son propre univers.

Une civilisation se caractérise par le fait qu’une partie de la population ne se livre pas à la production de vivres, l’industrie et le commerce. Pour maintenir la vie en société il faut des soldats de métier, des administrateurs et …des prêtres.

Oui, des prêtres. Qui dit civilisation dit « conception cosmogonique », « vision » qui apporte son propre caractère aux actions courantes.

En dehors de la civilisation, il existe des sociétés, qui ont des réseaux plus ou moins étendus : sociétés primitives, sociétés en voie de civilisation, et s’il y a réseau social, c’est là qu’apparait la culture. Et qui dit culture dit alors peuple.

Chaque civilisation a ses signes distinctifs, un ou des signes artistiques qui tendent vers une certaine uniformité. Le style artistique est une expression de la volonté, une expression de cohérence et de stabilité dans l’orientation de ses institutions. Si l’œuvre d’art révèle beaucoup sur sa civilisation, c’est parce qu’elle est une clé en termes d’idées et de valeurs.

Les civilisations les plus anciennes ont cinq mille ans. L’histoire la plus longue de l’humanité a été les cinq cent mille ans du paléolithique inférieur, c’est-à-dire à compter du moment où nous ancêtres sont devenus humains. Le paléolithique supérieur d’une durée d’environ 30 000 ans est généralement connu comme transition sous le nom de Néolithique vers les civilisations dites «  de première génération » : Tigre, Euphrate, Nil.

Le Mouvement Vers Rien 01-rien.org est plutôt enclin à la réserve vis-à-vis des affirmations des scientifiques et des religieux. Science et religion sont des moyens de satisfaire notre curiosité. La curiosité n’est-elle pas une caractéristique fondamentale de la nature humaine ? Ne devons-nous pas apprendre à nous connaître ? Pour cela il faut se souvenir du passé et tenir compte du fait que l’humanité est loin d’avoir atteint l’unité politique… nous restons, les uns pour les autres, malgré l’abolition des distances, des étrangers.

Cela veut donc dire que le présent et le courant mental dans lequel nous vivons doivent être, au moins, reconsidérés. D’autant que ceux qui étudient l’histoire vous le confirmeront : l’histoire change de visage, les découvertes archéologiques et scientifiques ne sauraient être définitives aussi longtemps qu’existera notre espèce.

Il y a peu encore dans les années trente (alors qu’on aimerait mieux voir ces mongols dans leurs steppes, les relais idéologiques soralo-zemmouriens s’expriment encore aujourd’hui) on tenait pour science que l’Afrique tropicale et l’Afrique du Sud n’avaient tout simplement pas de passé avant l’arrivée des arabes et des européens. Mais, après une étude plus attentive des documents, de l’archéologie donnant des informations sur la métallurgie, l’agriculture – autant de domaines qui en définitive concernent l’Afrique autant que l’occident –  l’Afrique apparaît soudain sous un autre visage… les sciences de l’homme ne seraient-elles plus au service de la colonisation ?

Mais ce visage de l’Afrique, quel est-il ?

Un visage et un langage dans son propre cadre,  s’articulant à son propre rythme avec une doctrine de la personnalité dans son propre horizon.

« Il existe une conception du réel africain qui n’a rien à voir avec cette abondante littérature sur l’oralité qui enferme l’Afrique dans une sorte d’énorme cabinet de curiosités. Qui n’a pas entendu les slogans pathétiques sur « l’Afrique n’a pas connu l’écriture mais est riche de son oralité », « en Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle, « il faut sauver l’Afrique en enregistrant les paroles des griots et des vieillards », « il faut préserver le patrimoine africain de la disparition avant la mort des détenteurs du savoir oral » ?

Des clichés (…) Comme si toutes les civilisations du monde n’avaient pas aussi dans leurs identités respectives, le verbe pour dire leurs rêves, la parole pour fixer leur éthique, l’oralité pour conduire leur quotidien. Comme si ne vivaient dans les reste du monde que des vieillards clochards et amnésiques et qu’en Afrique au contraire, tous les gens du troisième âge, sans exception, étaient des génies dont tous les propos devaient être conservés pour l’éternité !

Les civilisations africaines ne sont pas orales. Elles sont fondamentalement plasticiennes par les formes d’écriture de leur histoire, par leurs arts, par leurs sciences, par leurs techniques. (…) cette notion de plasticité est une catégorie esthétique qui se situe de plain-pied dans la vie des formes et dans l’expression du temps en Afrique. La plasticité est danse et musique, architecture et économie, médecine, science, philosophie, verbe, signe et sens. Elle est tout ce qui contribue à bâtir la personnalité de l’homme africain, tout ce qui le rend apte à répondre comme il se doit aux interpellations de la vie, tout ce qui révèle son identité. Comme toutes les autres civilisations du monde ? Certainement si l’on accepte que plasticité caractérise la vie plurielle de chaque groupe humain. Précisément et de façon particulière, si l’on considère les formes et les contenus par lesquels l’Afrique s’est épanouie, a résisté à la politique coloniale, et a survécu à toutes les tentatives de momification de ses valeurs. »

Iba NDIAYE Diadji

Pour le colonisateur, le colonisé africain vit dans une non-culture, dans un grand n’importe quoi. Comme il n’a pas pu être raconté aux blancs que les noirs africains étaient de pauvres fous – cela aurait été exagéré, tout de même – les africains ont été présenté aux occidentaux comme « de grands enfants »  « simples et passifs ». En acceptant cette explication, et donc en acceptant les normes du colonisateur qui vont avec, deux choses se sont produites :

 les normes pour les fous ou les mineurs d’esprits ne laissent aucune initiative à ces derniers. Place à la violence, à l’oppression, à l’extermination du colonisé.

l’acculturation de tous est parfaitement organisée : esclavage et colonisation, mais aussi, le dominant est placé dans une situation close, donc dans un processus acculturatif.

L’occident, parfaitement convaincu de sa supériorité, capable d’accepter de tels fables sur « les sauvages qui vivent tout nus en regardant pousser l’herbe », devant les contextes sociologiques développés visant à amener à un point B des gens à un point A après avoir littéralement « explosé » leurs civilisations, donnera naissance à des conceptions avec d’autres graves conséquences :

–  dans un premier temps le colonialisme amènera au sociologisme,

puis

–  dans  un second temps le sociologisme amènera au psychologisme : la « fameuse » « culture de l’excuse » plutôt que la « culture du redressement », dès que quelque chose va de travers.

Si nous savons comment une civilisation se fait, c’est ainsi que notre propre civilisation est en train de se défaire.

« Il y a des cultures Mélanésiennes, Africaines, Américaines. La décadence n’a qu’un visage. »

Claude Lévi-Strauss

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A propos de l'auteur

Dominique BENIGUET

Un commentaire

  1. Partant de la danse, l’air de rien…
    Lorsque, dans la citation, Iba NDIAYE Diadji invoque en premier lieu la fameuse « danse » ( mot qu’on entendra autrement que par nos clichés creux pour peu qu’on le remplace par yoga ), je suis à nouveau appelé à proposer un lien vers une « vidéo sous-titrée » qui fait le moment venu une allusion intéressante à certaines dimensions de la danse, et qui surtout nous renvoient ainsi à son propos plus général sur la réduction culturelle et l’atrophie spirituelle initialement normalisée par le monde industriel.
    …En milieux dit « développés », s’entend. Il ne parle pas là d’indigénat.
    Bref tout son exposé, très convivial et intitulé « COMMENT NOS ECOLES TUENT LA CREATIVITE » (Ken Robinson), concorde finalement avec ce qu’on pourrait espérer retirer (ou récupérer) d’une « année de l’Afrique » :

    http://www.ted.com/talks/ken_robinson_says_schools_kill_creativity

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